Yvan Colonna, Didier Vinolas, lions, artichauts et ballerines à paillettes.

 

Il ya deux jours, Yvan Colonna a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Nous attendons toujours la réaction de Béachelle, qui ne devrait plus tarder, gardons espoir. L’indignation germanopratino-cuistre est en marche, Yvan, courage.

Oh ça va. Je sais. Le procès est terminé, et je n’ai pas tenu mon blog à jour. C’est mal. Mais j’avais une bonne excuse, voyez-vous : je dessinais. Par ailleurs, ce n’est pas parce que le procès est fini qu’il est révolu. Vous connaîtrez donc la suite de mes investigations, parce que j’ai une tonne de brouillons, je ne vais quand même pas les jeter après m’être donné autant de mal.

Pour  l’audition de Didier Vinolas, j’ai mis mes ballerines à paillettes.

 

Impact de table basse sur le pied gauche.

 

C’est donc superbement chaussée que j’ai tenté une incursion en salle d’audience. Mais cette exquise coquetterie n’a pas été suffisante : j’ai encore fait le planton durant une éternité dans le hall, ce qui m’a tout de même poussée à examiner la sculpture d’un lion ailé n’ayant qu’une unique grosse patte et un artichaut posé sur la tête. En 1845, dans le monde pontifiant de l’art plastique, les idées fusaient déjà. Mes investigations dans le hall m’ont permis d’apprendre que l’architecte était Joseph-Louis Duc. Notez-le, vous pourrez ainsi briller en société.

 

 

Mais pourquoi cette obsession pandémique pour le lion ? Consultons mon dictionnaire des symboles. « Le lion est l’incarnation même du Pouvoir, de la Sagesse et de la Justice ». Alors qu’en vrai, le lion est une grosse feignasse, et puis il n’est même pas le plus grand des félidés : c’est le tigre. Notez-le, vous pourrez ainsi briller en société. Concernant l’artichaut, mon dictionnaire ne dit rien. En revanche, il y a tout un article sur l’articulation, qui symbolise le passage de la vie à l’action chez les Bambaras. Notez-le, vous pourrez ainsi briller en société. Sinon, l’artichaut était mon plat préféré lorsque j’étais petite, avec l’œuf à la coque et les miel pops. (Maman n’aimait pas trop cuisiner).

Je suis finalement entrée, Didier Vinolas m’a suivie de près. Il était sous-préfet en 1998, et aujourd’hui, il a décidé de nous raconter sa vie. En entier. En détails. Au secours. Là, il en est à l’année 1984 et il vient d’avoir son concours de commissaire. Je ne sortirai jamais de cette salle, je vais crever.

Mais comme je suis pourvue d’une grande conscience professionnelle et que d’après facebook, j’ai au moins vingt lecteurs (trois sont ma mère, elle a trois fermes Farmville pour pouvoir s’envoyer des cadeaux), je vais vous donner ma recette du chirashi à l’avocat et aux noix de saint jacques. Car oui, je mange des noix de saint jacques, j’ai lu plusieurs études tout à fait sérieuses tendant à prouver que les coquillages ne souffrent pas, ce qui ne les empêche pas de coûter la peau du cul.

Il vous faut :

Des noix de saint jacques

Du riz

De l’avocat

De la sauce soja

Faites cuire le riz.

Faites cuire les noix de saint jacques.

Ne faites pas cuire l’avocat.

Mettez tout dans une assiette.

Arrosez de sauce soja.

Voilà.

Si vous présentez ça dans une assiette design, tout le monde croira que vous vous êtes démené toute la journée, alors que pas du tout.

 

Ça vous a mis en appétit ? Moi oui. Les gargouillis de mon ventre résonnent dans la salle d’audience, mais je résisterai. Je ne mangerai pas mon pain d’épice de secours : j’ai un bourrelet.

Ah, ça y est, Didier Vinolas est en 1998. Il a cité Michèle Alliot-Marie et Jean-Pierre Chevènement dans la même phrase, je saigne du nez. Bref. Selon lui, le préfet aurait reçu quatre balles, et pas trois ; mais l’autopsie a été réalisée par-dessus la jambe. L’analyse de la scène de crime aussi : les policiers ont tout de suite lessivé le trottoir, sans prendre la peine de chercher un ADN suspect, un cheveu ou un poil de perruque.

 

Didier Vinolas explique que le préfet se sentait menacé, qu’il enquêtait sur d’obscurs milieux, et qu’il possédait un cahier qu’il avait glissé dans une enveloppe kraft, ce qui n’apporte rien à l’enquête mais qui fait très film noir, vous ne trouvez pas ? Moi, je trouve. On se croirait dans Roger Rabbit. Il est également question d’une liste de noms dressée par le préfet. Qui ? Pourquoi ? Vous n’en saurez rien. En tous les cas, lorsque Didier Vinolas a récupéré cette fameuse liste, après la mort du préfet, les noms avaient été changés. Comment ? Pourquoi ? Vous n’en saurez rien. (Je vous rapporte les faits ET je vous donne de fabuleuses recettes de cuisine, je ne peux pas tout faire).

Didier Vinolas dit aussi qu’un de ses anciens camarades à l’ENA est devenu chef des renseignements généraux. Il s’appelle Michel, et lui a confié que certains des commanditaires de l’assassinat courraient toujours – il lui donnera les initiales de deux d’entre eux (NON, ce n’était pas FL et NC). C’EST TOUT ? Michel des RG, si tu nous lis, bouge ton gros popotin d’énarque et raconte-nous tout. Tu peux m’envoyer un petit mail-confession via mon formulaire de contact. Vérité sera enfin faite, justice rendue, et puis j’aurai un bon truc à mettre sur mon CV moribond. Olive sur la pizza, Didier Vinolas est convaincu de l’innocence d’Yvan Colonna. Quant à moi, j’ai toujours faim ; mais j’ai toujours un bourrelet.

Je ne sais pas vous, mais je trouve ce témoignage très intéressant. J’ai bien envie de lui poser plein de questions, à Didier. Les parties civiles, elles, n’en ont aucune. En gros, ils s’en foutent, c’est bientôt l’été et ils ont très envie de partir en vacances, et si on ajoute des témoins supplémentaires, c’est râpé pour la plage. Du côté de la défense, on s’énerve : Maître Simeoni est furax, je ne comprends rien à ce qu’il raconte, pourtant parlu corsu. Yvan Colonna, lui, crie comme un goret dans sa cage à poules que ça fait huit ans qu’il croupit à Fresnes, et que c’est pas tip-top.

Le mot de la fin revient au président Hervé Stephan : « Si je fais venir témoigner tous les gens que vous citez, ça va faire du monde. Enfin, on n’est pas pressés, non plus. Bon, bon, on verra tout ça jeudi matin, ça vous va ? ».

Emile Zola tient à réagir : il trouve cette conclusion formidable.

 

 

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