Meeting de François Bayrou, arapèdes et holothuries.

 

Cette année, j’avais fermement décidé de boycotter la campagne présidentielle. Mon poulain perd toujours, c’est bien trop de déception pour mon petit cœur sensible de coco verte. C’est alors que Slate m’a demandé de couvrir les meetings parisiens. « Hiiiiiiiiiiiii », ai-je alors pensé. Je me voyais en femme du président, en Yoko Tsuno, en reporter sans frontières, avec un calepin, un trench-coat, un appareil photo vintage et une plume toujours acerbe.

Evidemment, j’ai fait des photos floues avec mon iPhone, j’avais l’air d’une nouille naine, j’étais mal coiffée, je convulsais dès que je réalisais que mes idées étaient pitoyables, je prenais le métro après vingt heures agrippée à ma bombe lacrymo et Slate n’a même passé mon article, mais j’avais quand même un super beau trench-coat. Ça faisait (un peu) enquêteur de films noirs.

Et surtout, je n’ai révélé aucun scoop. Je me suis ennuyée comme une arapède. Je fais cette comparaison parce que j’ai regardé un documentaire sur les fonds marins hier soir. Nuit. Je travaillais sur ma thèse depuis deux minutes, et j’ai été absorbée par une histoire de crabes boxeurs se confectionnant des gants avec des morceaux d’anémones vénéneuses pour empoisonner leurs adversaires. Il y en a d’autres qui se découpent des parkas sur mesure avec des petits bouts d’éponge. Il y a même des crevettes qui creusent des trous dans le sable pour les gobies. En échange, les gobies leur fournissent de la nourriture. Mais contrairement aux crabes, aux crevettes et aux gobies, les arapèdes s’ennuient mortellement. Un peu comme moi aux meetings.

Le tout premier fut celui de François Bayrou. Le même jour à la même heure, à l’autre bout de Paris, il y avait celui de Nicolas Dupont-Aignant. Après un tirage au sort effectué sous le contrôle d’un huissier, le Modem l’a emporté sur Debout la République.

 

Notre huissier.

 

Comment se passe un meeting, vous demandez-vous. Car vous vous le demandez. C’est ça où je vous parle des holothuries des récifs coralliens, et croyez-moi, vous n’en avez pas envie : les holothuries, c’est dégueulasse.

Un meeting se déroule sensiblement de la même manière qu’un concert. Il y a d’abord la première partie, qui est à la fois atroce et interminable. Des inconnus se succèdent sur la scène et vous applaudissez poliment parce que c’est nul et que vous voulez voir la star, mais que vous êtes quand même une personne trop bien élevée pour crier « aux chiottes ».

Vient ensuite un clip d’introduction généralement grotesque et très pompeux prophétisant le sauvetage héroïque de la France sur des envolées de violons et des lâchés de colombes. C’est presque aussi intense que la fin d’Armageddon, lorsque Bruce Willis décide de se sacrifier sur la comète pour sauver Ben Affleck et le reste de la planète accessoirement. Ici, on verra François Bayrou explorer le métro, inspecter une usine de pots de yaourts, porter un tee-shirt « J’♥ les légumes » et considérer des rangées de machines à coudre.

Après ce climax ? Acmé d’espoir, de cris, de liesse, de jetés de petites culottes, le candidat fait son entrée. Et là, grand moment reporter sans frontières :

 

C'est flou.

 

Aujourd’hui, François Bayrou est venu nous parler d’espoir. Il enchaîne alors sur son père mort et la retraite de 668 euros par mois dont vivait sa mère, morte également. Car François Bayrou sait mettre l’ambiance, il est agrégé de lettres. Il a ensuite parlé pendant deux heures – oui, deux heures, il est agrégé de lettres – de l’industrie, de l’éducation, de l’Europe, de Mohamed Merah, d’Henri de Navarre, des régions, des banlieues, des proportionnelles, de la dette, du vote blanc et des présidents de France télévision. Lors de cette apodose – eh ouais, t’es pas le seul à avoir fait lettres, François – nous recenserons deux phrases sur la parité, j’applaudis des deux ovaires.

Je maugrée, mais c’était quand même intéressant. Mais pas autant que la vie subaquatique corallienne. D’ailleurs, si nous n’arrêtons pas de pêcher tous les poissons et de déverser toutes nos ordures dans la mer, le corail disparaîtra dans une dizaine d’années, et les arapèdes, les crabes boxeurs, les crevettes et les gobies avec. Il ne restera plus que des holothuries. Et les holothuries, c’est dégueulasse.

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