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Laura, votre envoyée spéciale – et fabuleuse – au procès Colonna n°3

M’imaginer à court d’excuses serait une faiblesse de votre part, sachez-le, et gardez-le pour acquis.

J’ai peur du coiffeur.

Chacun de mes rendez vous se clôt sur une amputation post traumatique, engendrant torrents de larmes et montagnes de pépitos, aussi espace-je les visites.

Mais, inéluctablement, vient le moment où le sobriquet de Dalida devient un fardeau trop lourd à porter. Il est alors inutile de demander pour qui sonne le glas : il sonne pour moi.

Cette année, forte de mes dramatiques expériences capillaires passées, je décidai de me rendre dans une école de coiffure. Quitte à se faire massacrer, autant payer 5 euros.

La coiffeuse surgit de derrière son lavabo, l’œil vitreux, mais le cheveu frétillant. Blond dessus, noir dessous, les deux couleurs se mêlant approximativement dans un imposant dégradé à la Robert Plant, que pas même Stairway to Heaven n’aurait pu justifier.

Elle est bientôt rejointe à la vasque par son mentor : carrure d’asticot, peigné d’un carré gras et  ondulé. Ma peine à le décrire m’a conduite à entreprendre quelques recherches afin de vous fournir un visuel. C’est ainsi que je connus l’existence de Benjamin Galopin, coach de top models sur M6.

Glacée d’effroi par cette terrible double-vision, je fis front à leur rhétorique – « les cheveux longs, ça fait lycéenne de 12 ans au café philo ; ça te donne aucun style, il faut exploiter ton capital » – et parvins à leur exposer mon aversion pour les coupes emo/kikoulol/tecktonique, les jean slim et Robert Pattinson ; qu’à 16 ans, j’avais les cheveux rouges et écoutais Guns’n’roses, mais  que j’étais désormais bien trop vieille pour ces conneries.

Non seulement ils ne m’entendirent pas, mais je présume qu’ils le prirent personnellement. En plus d’être mal peignés et malpolis, ils firent fi de mes couinements désespérés – nonnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnméjaidiquelespoiiiiiintes – et se livrèrent à un véritable génocide capillaire.

Défigurée, meurtrie, je me fis alors maintenir dans un coma artificiel – la douleur était trop grande, toutafé.

C’est désormais partiellement rétablie – j’ai toujours le cheveu plat, asymétrique et anarchiquement rebiqué – que je clos mon affaire Colonna.

 

Terrassée d’inanition, je constatais l’ubiquité du jambon dans les sandwichs de la cafet du Palais de Justice, et me rabattais sur des madeleines sous vide, [respirez] dont la seule vision aurait horrifié Proust à un point tel qu’il n’aurait jamais écrit, dispensant conséquemment les lycéens de longues heures d’ennui et de confrontation à une temporalité vide – poil au bide.

A part ça, nous avons été éclairés sur le fonctionnement de la DNAT (c’est la CTU française, mais sans Jack Bauer. Française, quoi.).

Apprenez que les employés y chassent les membres de l’ETA et d’Al Quaïda avec des filets à papillons, et les invitent à boire de la limonade à la grenadine. Les terroristes, coopérants, avouent tous leurs méfaits, sans contrainte aucune, avant de sautiller gaiement jusqu’à la jolie prison, où ils vont réfléchir, quelques temps, aux conséquences de leurs actes, avant de réintégrer la société – poil au petit poney.

C’est de cette manière que se sont déroulés les interrogatoires de Mme Alessandri – épouse de Mr Alessandri, tueur autoproclamé du préfet.

« Elle a beaucoup parlé, sans contrainte. Sa déclaration était spontanée, ça s’est passé d’une manière tout à fait normale ».

« Son mari partait souvent la nuit, sans rien lui dire, et le lendemain, elle apprenait dans les journaux qu’il y avait eu des attentats. Mais elle n’a jamais osé rien lui demander. Il était mari la journée, terroriste la nuit, même qu’on a retrouvé une Batmobile dans son local de distillerie d’herbes aromatiques ».

 

(Bon ok, la Batmobile c’est de moi. Le reste, c’est du Mr de la DNAT chargé des interrogatoires de Mme Alessandri).

(Sinon, Mme Castella avait également « beaucoup parlé », et balancé son mari. Sauf qu’il a finalement été acquitté, parce qu’il n’a jamais participé à l’assassinat. M’enfin bon).

Finalement, Colonna a décidé de ne plus cautionner cette mascarade, cette parodie, cette honte faite à la Justice.

Il est parti.

Moi aussi.

 

Laura, votre envoyée spéciale – et fabuleuse – au procès Colonna n°2

Le procès est terminé, ce qui laisse peu de place au suspense, je vous l’accorde.

Mais y en a t-il jamais eu ? Pas le moindre, vous répondrais-je – avec mauvaise foi, certes – mais avec objectivité, surtout.

J’ai tiré les conclusions de mon désastreux premier jour d’investigation : le Seigneur ne veut pas que j’aie des réveils matinaux, et je m’engage solennellement à ne plus aller à l’encontre de ses divines volontés, tout à fait.

Je me suis donc rendue au procès à 13h30, et ne tiendrait aucunement compte de vos railleries. Je suis au dessus de ça.

Point procès :

La piste agricole

 

Lorsque le préfet Erignac a été assassiné, l’enquête de Mr Marion s’est tout d’abord dirigée sur ce qui sera appelé la piste agricole.

Mr Garaccio faisait alors partie des suspects.

Il a été mis en garde à vue, puis relâché, les interrogatoires n’ayant mené à rien de concret. Quelques temps plus tard, son domicile a été fouillé, sans résultats.

Mr Marion lui a alors dit qu’il « ne pouvait pas repartir bredouille, il faut [que je trouve] des explosifs ».

Suite à quelques menaces de routine – femme inculpée pour complicité, mioches à la DASS – il a convenu de fournir des explosifs à Mr Garaccio, et lui a demandé de les déposer à un endroit précis.

 

Explosifs

 

Mr Garaccio s’est donc exécuté le soir même, pour que les explosifs puissent être retrouvés le lendemain matin.

Le but de l’opération était de faire tomber Mr Finidori, qui est resté 18 mois en prison, alors qu’il n’avait rien à voir avec l’assassinat de Mr Erignac.

Mr Filidori

Sinon, Jean-Guy Talamoni m’a piqué ma place alors qu’il n’avait même pas fait la queue à l’entrée.


Laura, votre envoyée spéciale – et fabuleuse – au procès Colonna n°1

Bon. Vous aurez très certainement déduit de cet inquiétant silence que wordpress et moi connaissons quelques incompatibilités d’humeur. Sans doute même avez-vous pouffé en apprenant mon ambition de créer un blog. Perfides lecteurs.

En bref, mon hermétisme face à un feuillet de style CSS s’éternisant quelque peu, j’ai pris la ferme décision de continuer à publier mes billets ici, en attendant qu’une âme charitable et compétente s’émeuve de ma situation et me fasse mon thème – pitié.

Ce projet abandonné, les enseignants chercheurs feignasses en grève – pensiez vous sérieusement que je projetai d’entamer un doctorat par simple passion livresque ? je ris – le shopping relégué au rang de lointain souvenir, et ma prof d’hébreu s’élevant au rang de connasse suprême – ce qui n’a aucun rapport, mais il fallait que ce soit dit – me voilà donc libérée de toute contrainte.

SI, j’en ai.

J’aurais pu feignasser, manger des gâteaux, regarder des séries débiles, les trois en même temps, oui, j’aurais pu.

Mais je vais vous épater – parfaitement – car, animée par un grandiose élan citoyen, j’ai entrepris de suivre le procès Colonna.

Et me suis levée à 7 h du matin.

Eh ouais.

Et au-delà de l’opinion libre et personnelle que cette initiative était supposée m’apporter, j’ai eu l’agréable surprise – mais en est-ce vraiment une ? – de constater que ma malédiction poissarde était toujours là, présente, pesante, abominable.

Le procès débutait à 13 h 30.

Courageuse, persévérante, fantastiquement belle – je vous pisse à la raie : c’est mon texte, j’y raconte ce que je veux – j’ai attendu.

Le temps passait lentement, la faim me rongeait terriblement, je m’interrogeais anxieusement : ce projet allait-il être aussi désastreux que tous ceux entrepris jusqu’alors ? Allais-je, de ce fait, le tuer dans l’œuf et lui préférer la feignantise et/ou les gâteaux et/ou les séries ? Allais-je survivre à mon réveil auroral ? Comment se traduit « connasse », en hébreu ?

Finalement, le procès fut suspendu. Malédiction poissarde, présente, pesante, abominable.

En tous cas, j’espère que Colonna est innocent.

S’il s’avérait que je me sois levée à 7h pour un assassin, je n’hésiterai pas à lui envoyer mes feuillets de style CSS.

Non, je n’aurai pas peur, et ne reculerai pas.

 

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