Toujours tu chériras la mer, mon cul

 

Il est nécessaire de tirer une conclusion – qu’elle fusse positive ou négative – de toutes les expériences menées au cours de sa propre existence.

Or, cet été, je me suis baignée, j’ai flotté, j’ai pataugé, j’ai aquagymé, j’ai nagé, j’ai palmé, j’ai chorégraphié des ballets de  natation synchronisée, j’ai plongé dans ma piscine chérie.

Pour rien au monde – pas même le Prince William – je n’en serais sortie.

Mais l’amour heureux n’existe pas. Immanquablement, il est semé d’obstacles.

En l’occurrence, cet obstacle revêtait la forme d’une phrase. Une phrase perfide. Une phrase blasphématoire.
Une phrase que famille et amis ne se lassaient de répéter : VIENS A LA PLAGE !

La plage.

Je déteste la plage. A la plage, il y a des méduses, du sable, du sel, des chiens, des requins, des touristes et des enfants.

Et les méduses, ça pique ; le sable, ça colle ; le sel, ça gratte ; les chiens, ça aboie ; les requins, ça mange les gens ; les touristes, ça a des enfants ; et les enfants, ça existe.

Alors pourquoi – je vous le demande – pourquoi diable aller à la plage ?

Sans doute, j’imagine, afin d’entretenir le fantasme de lire sur le sable toujours fin et de nager  dans une eau toujours bleue, sous un soleil toujours resplendissant.

Pour le mythe, également, du retour à l’état de nature. En effet, à la plage, l’homme se voit libéré de la perversion que la société opère sur lui, et renoue avec ses origines primitives. Je suis particulièrement fière de cette théorie que j’ai moi-même élaborée, sans plagiat, aucun.

Nous conviendrons toutefois que certains hommes n’ont pas besoin de se trouver à la plage, à la campagne, dans la jungle ou je ne sais où pour se comporter en
primates).

Donc bon. Personnellement, retourner au stade primitif, ça me branche moyen.

Les avilissements dus à la société moderne, à savoir le poisson déjà pêché, le jus d’orange déjà pressé et le gruyère déjà râpé, je m’en accommode parfaitement.

Bref.

Tout ça pour dire que suite à un mois et demi de résistance acharnée, j’ai fini par céder.

Je suis allée à la plage.

Et le soleil était, en effet, resplendissant.

Jamais, dans mon souvenir – pourtant calamiteux – de la plage, je n’avais imaginé qu’il y fasse aussi chaud. Afin de ne pas succomber à cette chaleur infernale –infernale, au sens
premier- je suis allée me rafraîchir dans l’eau.

A peine avais-je commencé à convenir que ma baignade n’était pas si terrible que ça, qu’un ban de poissons est venu me mordre les mollets.

Ne minimisant pas le risque de périr dévorée, j’ai écourté mon bain.

Alors que je me remémorais, avec nostalgie, la vision idyllique de ma piscine chérie, tout en me désolant de l’affreuse sensation provoquée par le sel sur ma peau et le sable sur mes pieds, une famille, composée de deux couples, deux chiens et quatre enfants est venue s’installer juste à côté de ma serviette.

Evidemment.

Inutile de vous brosser une scène descriptive de ce qu’il s’est ensuivi. Les parents ont bronzé, les chiens ont aboyé, les enfants ont existé.

A ce désastreux spectacle se sont rapidement ajouté des chevaux et leurs excréments, des jet-skis et leurs discrets propriétaires, ainsi qu’un paramoteur et son pilote, certainement en quête d’un panorama aérien de demoiselles en bikini.

Et, alors que je tentais de focaliser mon énergie dans la contemplation du bleuté de la mer, de la finesse du sable et de la splendeur du soleil, une fourmi m’a voracement mordu la fesse.

Alors bon.

J’ai pris ma serviette et mes tongs, j’ai marché par 70°C (rappelez-vous : le soleil resplendissant) avec mes petits pieds pleins de sable jusque chez moi, et là, suite à ce
terrible chemin de croix, je l’ai enfin vue.

D’un invariable turquoise, libérée du dictat du sable qui colle et du sel qui gratte. Déserte de méduses, de chiens, de requins, de touristes, d’enfants et de jet-skis. Vierge de toute faune humaine ou animale.

Symbole du triomphe de l’ère moderne sur l’âge de pierre.

Ma piscine chérie.

80 mètres cube de chlore.

Le paradis perdu, retrouvé, enfin.

 

Plage

 

Piscine

 

 


En ce 10 septembre 2007, ayons une pensée pour Madame Anita Roddick, fondatrice de la marq
ue Body Shop. Madame Roddick, votre gommage pour le corps à la papaye a changé ma vie.

 


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