Quéquettegate et procès Colonna 2

 

A l’heure qu’il est, DSKékette est enfin sorti de sa geôle fasciste, et BHL s’égosille continuellement sur son skyblog que ça ne va pas du tout, qu’il est très en colère, que c’est répugnant, que c’est absolument dégueulasse, que tout le monde n’est pas pareil, que tout le monde n’est pas tout le monde, que c’est une tartuferie, que c’est un homme à terre mais encore fier, qu’il est traité comme très peu d’hommes ont été traités dans l’histoire des démocraties modernes, qu’il dort à Rikers Island alors qu’il allait sauver le monde du capitalisme en un mois, que c’est son ami de vingt-cinq ans, qu’ils faisaient des super goûters philo tous les deux avec Polanskiki, qu’Anne Sinclair est une femme formidable, que si Tristane Banon n’a pas porté plainte, c’est qu’elle était bien d’accord et que maintenant elle veut plein de pognon, que rien au monde n’autorise à ce qu’un homme soit ainsi jeté aux chiens, que oui, cette allusion à Pierre Bérégovoy est parfaitement justifiée, que vous vous foutez de ma gueule, les américains sont des barbares sanguinaires qui enferment de grands hommes dans de petites cellules de 12 mètres carrés, NOM DE DIEU C’EST INHUMAIN, qui pourrait survivre dans une pièce de 12 mètres carrés ? – une femme de chambre, un étudiant, un smicard parisien, oui, mais c’est pas pareil.

En même temps que lui, les politiques découvrent la présomption d’innocence, c’est bien. Il y a du progrès, SI VOUS VOYEZ CE QUE JE VEUX DIRE. Ils sont assommés, bouleversés, sonnés, anéantis par cette insoutenable cruauté, cette terrible humiliation, ce complot international, ils ont les larmes aux yeux, c’est atroce, c’est affreux, c’est abominable, c’est con, je ne trouve plus mon dictionnaire des synonymes.

Cette affaire ne m’inspire toujours rien, sinon d’autres jeux de mots stupides et une vision de Michèle Sabban, dont j’ignorais naïvement l’existence jusqu’alors.

 

Michèle Sabban, donc.

 

Nous nous intéresserons donc à Yvan Colonna, dont Béachelle se fout comme de son premier peigne à sourcils – quid de ta capacité intacte d’indignation d’humaniste pouet-pouet, Béa ? Tu me déçois.

Aujourd’hui, j’ai poireauté près d’une heure dans le hall parce qu’il n’y avait plus de places et que les policiers laissaient entrer les enfants de journalistes avec leur papa/maman, ce qui a occasionné une intense plaidoirie intérieure contre ce mal infâme qui gangrène notre société : le népotisme. Les journalistes, les vrais, prioritaires, entraient et sortaient en paonnant, me narguant avec leur carte de presse et leur salaire. Demain, je mets mes ballerines à paillettes, on va voir qui va jalouser l’autre.

Finalement, lassés de m’entendre couiner « mais il n’est pas journaliste luiiii » à répétition, les policiers ont fini par capituler. Je suis entrée dans la salle d’audience, – qui était à moitié vide (bande de pourris) – il était question d’Ajaccio, avec des plans sur rétroprojecteur, tout plein de rues et une multitude de flèches. Mon sens de l’orientation étant calamiteux, je préfère faire preuve d’honnêteté et vous avouer que je n’ai rien compris.

En gros, Mr Erignac est allé garer sa voiture dans une rue et s’est fait tuer par deux hommes selon les témoins, trois selon l’accusation, parce que s’il n’y en avait que deux ça voudrait dire que Colonna courait vraiment après ses chèvres ce 6 février 1998 à 21 heures quelque chose. (AH. C’était donc pour ça, les chèvres. Ok, tout s’explique).

Moi, le 6 février 1998 à 21 heures quelque chose, j’allais avoir 12 ans dans moins de 3 heures, j’étais en cinquième dans le pire collège du monde et je détestais déjà l’humanité. Je n’arrivais pas à dormir parce que je me demandais si Maman avait finalement cédé à mes crises de larmes pour m’acheter une paire de Buffalo. Ricanez, bande de buses, figurez-vous que ça redevient à la mode depuis que Prada a sorti des godillots immondes. Je suis sûre que Maman a balancé les miennes à la poubelle, dans un geste sadique et vengeur.

Aujourd’hui, je ne dors pas parce que je pense à combien de temps je devrai économiser pour me faire injecter du botox dans la ride du lion, qui commence à se creuser même que c’est hideux et que ça m’obsède trois heures par jour dans la salle de bain.

Après avoir cité toutes les rues d’Ajaccio, le président énumère mollement – le président est très mou, l’ai-je mentionné ? – tous les témoins qui ne viendront pas parce qu’ils agonisent d’une dépression nerveuse et qu’ils sont copains avec leur médecin traitant. J’irai te les chercher par la peau du cul, je te jure.

Pendant ce temps, j’ai repéré le journaliste de Slate dans le carré Vip des journalistes importants. Je lui fais les yeux doux, s’ils cherchent un pigiste freelance, sait-on jamais. Peut-être que je devrais lui montrer mes ballerines à paillettes.

Finalement, les témoins ne sont pas tous des feignasses en arrêt maladie de mon cul, certains sont venus aujourd’hui témoigner de la scène de crime, ce 6 février 1998, à 21 heures quelque chose, pendant que je pensais à mes hypothétiques Buffalo.

Ils se succèdent et pleurnichent à la barre, parce que ça les emmerde de venir raconter la même chose pour la quatrième fois, faisant fi du deuil de la famille Erignac et de l’interminable croupissement d’Yvan Colonna. Le jour où je serai juge, ça va chier.

Lorsqu’ils ont fini de jérémiader, ils donnent enfin leur version des faits :

Selon le premier témoin et les experts, le tueur faisait entre 1 mètre 70 et 1 mètre 80, ou plus. Sachant que l’homme le plus grand du monde mesure 2 mètres 57, ça nous laisse une fourchette de 87 centimètres, dont je ne fais pas partie parce que je suis naine.

Selon le second témoin, le tueur était blond, avec un visage tout à fait différent de celui de Colonna.

Selon le troisième témoin – un ami de Mr Erignac – le tueur était plus massif, à moins qu’il n’ait enfilé trois parkas l’une sur l’autre. C’est une excellente hypothèse, j’espère que vous prenez des notes pour votre futur crime parfait.

En gros, aucun témoin ne reconnaît Colonna, et c’est forcément parce qu’ils ont été menacés d’être massacrés à coups de batte de baseball dans un champ de maïs  avant d’être enterrés vivants par la pègre corse – référence cinématographique, t’as vu.

Suite à tous ces témoignages, la défense demande une reconstitution, que la cour ne veut pas faire depuis 2007 parce qu’ils n’ont pas que ça à foutre d’aller se salir les mocassins à glands chez les bouseux. Finalement, comme cette fois-ci le procès se déroule en été, et que la Corse l’été c’est quand même plaisant, le président a dit « boh, moui, d’accord, peut-être, on verra ».

En attendant, j’ai décidé  de m’en occuper moi-même :

 

6 février 1998 à 21 heures quelque chose. Reconstitution.

 

 

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