Le journalisme vintage : Jean-Luc Mélenchon

 

En 2014, je publie mes articles écrits en 2012. Là où vous voyez de la procrastination lamentable, je vois du journalisme vintage. Pace e salute !

 

Toujours dans l’optique de réaliser un article sur les meetings de la présidentielle qui n’est jamais paru (Je ne souffrirai d’aucune réflexion sur le timing de ce billet, je m’en fous, depuis que je vois une psy je suis imperméable aux critiques acerbes sur ma procrastination compulsive), je me suis rendue au meeting sur la culture de Jean-Luc Mélenchon, donné au Bataclan, métro filles du calvaire. Un indice sur la soirée qui va suivre s’est caché dans le nom de la station de métro, saurez-vous le retrouver ? Moi non, je ne me suis doutée de rien.

 

A l'intérieur, l'horreur.

 

Ce soir là, mon sang rouge de coco a bouilli. Déjà, lorsque Camelia Jordana de la Nouvelle Star a fendu la foule qui poireautait depuis une heure sous la pluie pour entrer au nez et à la barbe stalinienne de tout le monde. « Place au peuple ! », ai-je hurlé (intérieurement parce que je suis bolchevique de l’intérieur mais umprout-prout de l’extérieur. Une sorte de craquinette à la fraise politique, en quelque sorte).

 

J'ai quand même obtenu ma première accréditation presse. J'ai failli pleurer.

 

J’ai vibré avec des animateurs passionnants venus parler du difficile statut d’intermittent du spectacle, de l’insurrection culturelle contre le grand capital et de la grandeur l’art contemporain.  J’ai également entendu des chanteurs engagés et militants rivaliser de paroles subtiles.  Si Bernard Lavilliers n’était pas là à cause d’une opération de la hanche (je me rends compte que je ricane nerveusement entre chaque phrase), la nouvelle génération de chanteurs protestataires l’a remplacé avec une finesse infinie. J’ai noté les meilleurs passages sur mon Moleskine Che Guevara. Les paroles prennent aux tripes, vous vous imaginez, à cheval, vitupérant en musique, des kickers aux pieds, un pinceau dans les cheveux, un couteau entre les dents et la barbe taillée en pointe. Liberté, liberté chériiiie.

(Cette énumération de clichés fait partie d’une vendetta personnelle contre les étudiant-e-s en arts, que je me suis coltinés durant beaucoup trop d’années à l’université. Vos kickers sont fabriquées par des ouvriers sous-payés avec la peau traitée au chrome d’une vache morte élevée en batterie, bande de capitalistes planqués).

 

 

Une partie de ces paroles est authentique, l’autre a été tapée de ma main gauche alors que je ricanais bêtement en attrapant des boulettes de wasabi avec la droite. On commence avec une facile.

1

Les fachos ils sont pas beaux

Tralalalo

Les nazis ils sont pas gentils

Tralalali

2

Je vous salue bande de salauds,

Vous et vos pères, les faux dévots,

Les fous de guerre et les fachos,

Et vous les bons ariens.

3

On vit tous comme si tout allait bien,

Comme si à notre porte, il ne se passait rien,

Alors que des enfants meurent de faim,

Seuls, dans la misère, comme des chiens.

4

Je vis dans un univers sale

Dominé par une bande de chacals

Mais L’argent, le racisme et la haine

Sont l’apanage de Sarko et du FN

5

J’ai trop d’amour pour ce pays,

Pour le lâcher entre vos mains.

Tout entaché d’une âme impure,

Je grave ces mots dans vos sillons.

6

Ça nous regarde tous,

Ça nous éclabousse,

Les jaunes et les blancs,

Les noirs et les rouges,

Et tout ce qui bouge.

7

Monsieur le président,

Je vous écris une lettre

Avec ma plume ensanglantée

C’est ma seule raison d’être

Ma seule façon d’exister

 

OH LALA C’EST PAS POSSIBLE JE ME FAIS TROP CHIER.

(intrusion de la journaliste du Nouvel Obs – je crois – assise à côté de moi)

 

8

Y’a trop d’arabes dans mon pays,

Trop de musulmans, trop de pratiquants.

Pas assez de blancs, de bons chrétiens,

Pour ramasser nos petites poubelles.

 

Réponses :

1: faux/ 2: vrai/ 3: faux/ 4: faux/ 5: vrai/6: vrai/ 7: faux/ 8: vrai

(Anecdote facétieuse : vu que j’ai inventé certaines paroles il y a presque deux ans, j’ai vraiment dû vérifier sur Google lesquelles étaient authentiques)

 

Le spectacle s’est clôturé par une jeune artiste poussant des petits cris en jouant du violoncelle, j’étais transportée et convaincue : oui, il est indispensable que la culture bénéficie de toute notre attention et de nos impôts. Vers 23 heures, Jean-Luc Mélenchon est arrivé, mais je n’étais plus là. J’étais partie me domicilier fiscalement en Suisse.

 

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