Bastia : la municipale du LOL (version complète)

 

L’article est paru sur Slate (avec une superbe photo de Maman), mais a été allégé en gif et en lol pour une meilleur compréhension. Je laisse la version complète sur mon blog.

(Je crois que j’ai le droit)

(Je n’ose pas leur demander)

(De toute manière j’ai 4 lecteurs et les municipales c’était la semaine dernière)

 

A l’occasion de ces élections municipales, tout le monde parle de Paris (comme d’habitude), de Marseille et d’Hénin-Beaumont.  Sur Bastia, rien ou très peu de choses. A mon sens, c ‘est une erreur épouvantable , car les municipales bastiaises sont tout à fait captivantes : il y a de la trahison, du népotisme, de la dynastie, de la vengeance, des rumeurs glauques et des unions saugrenues. Vous ratiez vraiment un truc, aussi ai-je décidé de vous résumer tout ça.

C’est parti.

 

1. Le contexte

Bastia, ville de  43 000 habitants, avec son club de foot, son port  et sa mairie.

Sa mairie, parlons-en. Depuis 1888, elle est aux mains du clan Zuccarelli. Petite fresque généalogique :

 

C’est donc dans cette logique dynastique que Jean Zuccarelli a été choisi par son père pour lui succéder à la mairie familiale. En désignant ainsi son dauphin, Emile Zuccarelli a trahi son successeur logique, François Tatti, qui était aussi son collaborateur de longue date. Inutile de vous préciser que François Tatti avait sacrément les boules.

 

Après avoir surmonté sa phase de déprime, François Tatti a décidé de se venger et de présenter sa liste de gauche dissidente.

Face à eux, le candidat nationaliste Gilles Simeoni, ancien avocat d’Yvan Colonna et fils d’Edmond Simeoni – considéré par les nationalistes comme le Jean Moulin insulaire, sauf qu’il n’a pas été torturé et qu’il n’est pas mort, d’ailleurs il n’avait même pas dix ans pendant la Seconde Guerre mondiale.

Récapitulons. Les trois principaux candidats à la mairie de Bastia étaient donc :

Jean Zuccarelli, le descendant (Radical de Gauche)

 

François Tatti, le revanchard (Divers Gauche)

Et Gilles Simeoni, ambiance 1789 (Femu a Corsica)

(Un jour, Gilles Simeoni a dit qu’il aimait bien mes dessins, du coup je suis un peu plus sympa avec lui sur ce coup là. Oui, je suis corruptible).

2. La campagne

Comme expecté, ce fut une campagne agitée. Entre autres, nous avons eu :

- Du point Godwin

« Le siméonisme prend sa source dans la collaboration avec l’Italie mussolinienne ». Ce sont les propos de Francis Riolacci, colistier de Jean Zuccarelli, à propos de Gilles Simeoni. Cette phrase a fait le bonheur des twittos corses avec le hashtag #parlecommeriolacci

- Des comptes parodiques

Ils ont fleuri sur Twitter, et ont eu un succès modéré auprès de certains candidats.

- Des rumeurs moches

Des tracts diffamant la vie intime de certains colistiers (accusations d’adultère et autres indiscrétions classieuses) ont été distribués à Bastia.

- Des électeurs radiés

Des électeurs ont été rayés des listes. Parmi eux, l’ancien directeur des ressources humaines de la ville de Bastia et un animateur de campagne de Jean Zuccarelli : le tribunal a jugé qu’ils n’habitaient pas Bastia. L’ancien DRH s’est empressé de répondre au journaliste qui avait relevé l’information :

 

3. Le premier tour

On nous l’a répété inlassablement le soir des élections: « le grand vainqueur, c’est l’abstention ». Pas à Bastia : il y a eu près de 80% de participation.

Pour en arriver à la triangulaire attendue, avec 29 voix d’écart entre Jean Zuccarelli  et Gilles Simeoni et François Tatti en arbitre.

 

Après lui avoir piqué sa place et l’avoir viré comme un malpropre, Jean Zuccarelli a tenté de persuader François Tatti de le rejoindre.

Mais François Tatti s’est montré intraitable : l’union, plutôt crever.

Pour le second tour, la grande question était donc : qu’allait faire François Tatti ? Homme de gauche, allait-il faire alliance avec les nationalistes  ? Maintenir sa candidature ? Abandonner et rester neutre ? Ravaler sa rancœur et pardonner à la famille qui l’a trahi ?

Finalement, alliance il y a eu. Alliance inédite s’il en est : Nationaliste/ Divers Gauche / … UMP.

 

Le candidat UMP, Jean-Louis Milani (9.73%), fait donc liste commune avec des nationalistes, des radicaux de gauche, des socialistes et des communistes. Malgré ce qu’annonçait un faux communiqué de l’UMP.

Quand je vous disais que c’était l’élection du LOL. Et attendez, ce n’est pas fini.

Face à cette alliance, Jean Zuccarelli n’est pas tout seul.

Aparté: Jean Zuccarelli projette de faire raser des maisons séculaires pour les remplacer par un parking, et de détruire la dernière plage de la ville pour y construire un port géant. Naturellement, les écologistes s’opposent à ce dernier projet.

A la lumière de ces informations, devinez qui s’est allié à Jean Zuccarelli ?

Réponse : le candidat écologiste.

 

Un candidat écologiste particulier, cela étant, puisque Jean-François Baccarelli a en quelque sorte inventé l’écologie d’extrême droite.

Pendant   ce temps, à Propriano, la candidate Caroline Bartoli, qui a connu la gloire nationale il y a peu, a été élue au premier tour avec 69.49% des voix. Si vous avez raté Caroline Bartoli, un rattrapage s’impose.

 

Dans trois mois, elle démissionnera pour céder sa place à son mari, phallocrate inéligible jusqu’en mai. En Corse, nous avons tellement plus à offrir que les plages et les assassinats.

Note: un grand merci à tous mes informateurs bastais. Ils ont souhaité rester anonymes parce qu’ils avaient peur des représailles. Moi, j’ai mis mon nom. Je regrette un peu.

 

Edit : Dimanche 30 mars, Gilles Simeoni a été élu maire de Bastia avec 55.4% des voix. Ensuite, il a compris qu’il devrait désormais porter une écharpe bleu-blanc-rouge.

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