Le journalisme vintage : Je suis allée à un meeting de Marine Le Pen

Ah mais oui.

Quand on me dit d’aller à tous les meetings, je vais à tous les meetings. J’ai une certaine conception du journalisme, voyez-vous. Même s’il s’agit de faire des dessins idiots ou des articles qui ne paraîtront jamais.

Après ma soirée cauchemardesque chez Jean-Luc Mélenchon, j’avais presque envie d’aller pleurer dans les bras de Marine Le Pen. Elle m’aurait consolée et on aurait mangé du kouign-amann avec papi Jean-Marie. C’est pas de ma faute, quand on me fait écouter du Ridan j’ai envie de devenir ministre de l’intérieur. Ça tombait bien, je devais aller au meeting du FN.

Je marque une parenthèse, qui semble être hors-sujet mais qui ne l’est pas : en première année de fac, j’avais choisi un cours sur les libertins érudits, et j’ai appris ce qu’était le principe de la tabula rasa. Ça a changé ma vie. Ça, et les masques à l’argile verte pour purifier l’épiderme – les masques à l’argile faits maison avec un peu d’eau chaude, pas les tubes, sinon c’est tout pâteux, ça sèche la peau et ça picote. Il faut le laisser poser une dizaine de minutes SANS LE FAIRE SECHER, et en attendant on peut lire des trucs sur le principe de la tabula rasa, par exemple. Ou autre chose, mais j’essaye subtilement de revenir à mon sujet de base.

Concernant la tabula rasa – ou la table rase, mais Madame Requemora disait tabula rasa donc je dis tout comme elle parce que c’était la meilleure prof du monde. Avec Madame Barraud, en terminale. J’ai déjà prévu de leur dédier mon Goncourt, si je l’ai un jour. Ou ma thèse, si je l’ai un jour. En tout cas je leur dédie mon blog intermittent.

Concernant la tabula rasa disais-je, le principe consiste à faire table rase de tout ce qu’on sait déjà. Un peu comme Descartes, qui a tout pompé d’ailleurs. Je n’aime pas Descartes, il disait que les animaux étaient des machines. Tu sais ce qu’il te dit mon chat, René ?

Rien, il s'en fout, mais il fallait que je case cette photo.

Une fois qu’on a fait table rase de tout ce qu’on considérait comme acquis, on reconsidère chacune de ses connaissances en faisant appel à son libre arbitre. Voilà. Comment vais-je en arriver à Marine Le Pen, vous demandez-vous assurément. Eh bien j’ai décidé de reconsidérer le FN avec mon libre arbitre. Ça consiste à ne pas traiter un électeur FN de nazi à chaque fois qu’il ouvre la bouche. Mais à écouter ce qu’il dit et ensuite, le traiter de nazi. C’est tout à fait différent.

Je suis donc allée au meeting FN sans à priori, mais avec ma bombe lacrymo et une jolie lettre de Jean-Marie Colombani pour avoir un badge de presse parce qu’il ne faut pas déconner non plus, quand même. D’ailleurs le meeting de Marine Le Pen était le seul à être payant, et je préfère m’arracher un bras plutôt que de donner cinq euros à un parti politique. Bon, peut être pas m’amputer un membre, mais demander une lettre à Jean-Marie Colombani.

Une fois arrivée sur place, je me suis retrouvée face à un dilemme. Devais-je :

1. Me mêler aux militants et risquer de me faire lapider par les belligérants qui attendaient en embuscade, et il y en avait.

2. Porter mon badge de presse et me faire molester par les militants FN.

J’étais quoi qu’il en soit promise à un sombre avenir. La dure vie de reporter sans frontières. J’ai finalement choisi le badge, parce que ça fait super classe. Et puis je me suis dit qu’une journaliste assassinée à un meeting FN susciterait un peu de compassion et éventuellement un prix posthume, alors qu’un militant FN assassiné par des arabes, beaucoup moins.

Mon avis était modérément partagé. Un monsieur en costume a fait un salut nazi à la tribune de presse et a insulté un journaliste de France 24. Il m’a écrasé le pied (fort, j’ai dit aïe) avant d’être expulsé par les gars de la marine (seigneur !) qui se sont ensuite répandus en excuses auprès du journaliste de France 24. Et moi, mon pied, que dalle, alors que j’avais un badge tout pareil. J’ai boité toute la soirée, j’étais fière de mon bleu au petit orteil, j’avais l’impression d’être Florence Aubenas. Oui, il m’en faut peu, mais je suis une personne très sensible, et pas seulement des pieds.

Comme je prenais des photos de tout et n’importe quoi et que je filmais avec mon iPhone, ils m’ont prise pour une journaliste du Petit Journal de Yann Barthès qui opérait en sous-marin.

« Tu bosses pour Canal + toi, t’es du Petit Journal ? » m’a aboyé un garçon.

« Gni non, je travaille pour Slate, et puis je ne suis pas journaliste, je n’ai pas de carte de presse ni rien ». (Oui, je suis lâche. C’est parce que j’aime la vie)

« Ah ok. J’ai eu peur. Tu diras que voter pour le FN, c’est voter pour l’anarchie ».

Je n’ai pas compris.

Deux gentilles militantes m’ont ensuite laissée prendre des photos de tous leurs goodies Front National pour mon article mort-né, avec de grands sourires et des encouragements pour mon travail. « Ne dites pas trop de méchancetés sur nous ». J’en ai dit ? Non. Je suis une journaliste intègre. Sans emploi, sans carte de presse et sans petit orteil, mais intègre. Il y avait d’ailleurs de très jolis confettis.

L’organisation était quant à elle impeccable, stricte, non je ne ferai pas de BLAQUEU SUR LORSGANISSASSION ALLEMANTE MEME SI CA ME DEMANCHE LE POINT G. (Godwin, bien sûr).

A part ça, j’ai trouvé le trajet en métro intéressant.

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Le lendemain, je suis allée au meeting d’Eva Joly, ce qui m’a permis de compléter ma collection de badges.

J’aime bien Eva Joly, même si elle mange du poulet. J’ai vu un documentaire sur sa vie pendant mes vacances en Grèce (oui, figurez-vous qu’en Grèce ils diffusent des documentaires sur Eva Joly sur les chaînes nationales), et j’ai trouvé qu’elle était beaucoup moins feignasse que moi, ce qui m’inspire le plus profond respect. Nicolas Hulot, lui, n’était pas là. Il devait bouder au milieu de ses shampooings au pétrole testés sur des lapins mignons.

Sinon, pour aiguiser mon approche journalistique, j’ai fait du porte à porte pour François Hollande. Dans le septième arrondissement. J’ai jeté l’éponge au quatrième « J’OUVRE PAS AUX SOCIALOS ».

J’ai le militantisme mou. Et en plus, je n’ai pas de chute.

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