Bridget, Causette, un an après.

 

Bon.

 

L’esprit d’escalier du Burj Khalifa

Je ne sais pas si j’ai l’esprit d’escalier du Burj Khalifa ou le cerveau flapi, mais je réagis souvent très longtemps après les faits. L’an dernier, j’ai participé à la rédaction du magazine Bridget. Et les réactions m’ont tellement écœurée que j’ai décidé de réagir. Un an après, bon.

Pour ceux qui n’ont pas suivi l’affaire, le magazine Bridget est sorti en août 2013. J’étais rédac chef sur le numéro 1. Avec plusieurs journalistes féministes, on a monté un sommaire et un projet : créer un magazine qui vulgarise le féminisme, qui le rende accessible. On trouvait que la presse féminine était aberrante, et qu’il n’y avait pas d’alternatives à Elle & Co. Alors oui, il y avait Causette. Mais on voulait faire quelque chose de différent, de moins élitiste, de plus léger. Je vais y revenir.

Lorsque Bridget est sorti, Rue 89 a fait un article dessus. Et en le relisant, un an après, je réalise à quel point cet article était diffamatoire et lamentable.

« Une copie de Causette », « un plagiat »

Il faut savoir que Rue 89 est partenaire de Causette, il faut donc défendre les copains. Grégory Lassus-Debat, patron de Causette, affirme que « Certaines rubriques ont été clonées, seul le nom étant changé : « On nous prend pour des quiches » devient ainsi « Au secours » ». C’est faux. La rubrique « Au Secours » était la rubrique « Actu ». Vu qu’il n’y avait que des actus ignobles, j’ai moi-même proposé de la rebaptiser « Au Secours ».

L’article de Rue 89 dénonçait « des signatures qui fleurent bon le pseudo ». Parmi lesquelles mon nom, qu’il suffisait de taper sur Google : on tombait en premier résultat sur mon CV, avec mon mail, et mon blog qui possède une fiche de contact : deux moyens, donc, de vérifier que j’existe bien et de m’envoyer un mail. Ai-je reçu un mail ? Non. Vous le voyez, le professionnalisme journalistique ? Moi non plus. Balancer des infos sans rien vérifier, et ça vient donner des leçons d’éthique.

J’ai contacté Yann Guégan, l’auteur de l’article, pour lui manifester mon existence. Il a ajouté un encart. Et dans les commentaires, il a continué à diffamer  « Achetez les deux magazines, ou bien feuilletez-les dans un kiosque, vous verrez que la volonté de copier est évidente ». Non. Non. La maquette, je ne la trouve pas spécialement ressemblante, mais je ne l’ai pas réalisée et je n’y connais absolument rien, donc je m’abstiendrai de m’étendre dessus. Mais le ton, non. NON. Je n’ai jamais lu Causette, je ne vois pas comment j’aurais pu pomper le sommaire ou le ton.

Le procès qui n’a jamais eu lieu

On en vient ensuite à Frédéric Truskolaski, ce qui explique tout le problème, à mon avis. Frédéric Truskolaski, c’est le directeur de publication de Bridget. C’est là que l’histoire prend une saveur particulière : Frédéric Truskolaski ne fait pas partie du cercle des patrons de presse copains. « Dans la presse, c’est quelqu’un que tout le monde a dans le nez à cause de ses pratiques douteuses », explique Grégory Lassus-Debat. Grégory Lassus-Debat, dont toute la rédaction s’est mise en grève quelques mois plus tard à cause de ses propres pratiques douteuses. (Je ne me moque pas de l’ironie de la situation, appréciez l’effort. Parce que ce n’est vraiment pas facile).

Grégory Lassus-Debat a annoncé ensuite qu’il allait porter plainte pour plagiat. Il l’a fait. La base de la plainte ? Avoir copié cette couverture:

Oui. Bon.

[Edit: ça me revient après coup (encore), mais à la base le fond de la couverture était vert foncé. On a râlé parce que c'était trop sombre, on a alors eu plusieurs propositions et on a choisi rouge. Voilà.]

Le jour du procès, Gregory Lassus-Debat et son avocat ne sont même venus : ça a été annulé. J’imagine qu’ils ne risquaient pas de gagner. Dommage, ensuite Public aurait pu attaquer Oops, qui aurait attaqué Closer, Grazia aurait attaqué Be, Elle aurait attaqué Marie-Claire, et ainsi de suite pour l’intégralité de la presse française. Ça aurait été marrant.

Mais peu importe la plainte, l’essentiel avait été fait : saper un magazine, avec les copains journalistes, en diffamant. Ils ont tous suivi : L’Express, Terra Femina, Le Nouvel Obs, etc. Tous ont repris exactement les mêmes infos que Rue 89, sans rien apporter de plus, et aucun ne m’a contactée. Ah, si : Terra Femina m’a demandé une interview pour le numéro 2, puis ils m’ont plantée. Pas d’excuses, rien. Mais bon, ça doit être ça, le vrai journalisme.

Le cercle

Les féministes de twitter ont suivi sans se poser de questions : la plupart ont RT le lien en s’insurgeant, pas une ne m’a envoyé un mail, alors que beaucoup me connaissaient. Là, j’avoue que j’étais épatée. Voir des personnes que je jugeais intelligentes suivre le mouvement sans même s’interroger, c’était assez décevant. Je ne parle pas des critiques faites au magazine en lui-même (Crêpe Georgette est la seule à l’avoir fait), il y avait des critiques à faire, et ce n’est même pas la question. Je parle juste de la dénonciation du plagiat qui n’en était certainement pas un.

Il y a aussi celles qui étaient horrifiées qu’on reprenne des infos passées sur la twittosphère et la blogosphère féministes. Ces infos leur appartenaient, visiblement. Il fallait peut-être qu’elles restent confinées à leur cercle, sans en sortir. La plupart des gens ne sont pas sur twitter, la plupart des gens ne connaissent pas non plus les blogs féministes. Le but, c’était justement de toucher plus de monde et de faire connaître ces blogs, du coup je n’ai pas trop compris la réaction. Tant pis.

Finalement, j’ai lâché l’affaire. J’ai une thèse à boucler, ça ne valait pas le coup. De toute manière, le magazine avait été lavé de merde par Grégory Lassus-Debat et ses copains, le mal était fait. On n’avait pas les moyens de répondre, pas de tribune pour se défendre – ça finit d’ailleurs sur mon blog à six lecteurs – c’était foutu. Causette reste le seul magazine « féministe » tout en se défendant de l’être, tant pis pour la putophobie et l’éloge de la pédophilie. Pour celles qui ne sont pas au fait des infos féministes, elles continueront à lire Elle, tant pis pour elles. Et je suis bien trop misanthrope et désabusée pour essayer de me battre, tant pis pour moi. Mais je n’aime pas les histoires sans conclusion.

Partager :
  • Print
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • email
  • MySpace
  • RSS
  • Twitter

Les commentaires sont fermés.

ClicAnimaux.com - Cliquer pour Donner