Délires mystiques et andouillerie profonde

 

Maman et moi adorons le mysticisme. Sans doute cela est-ce dû à notre hypothétique vie antérieure de sorcières. Cela n’étonnerait personne. En tout cas, ça n’étonnerait pas Papa.

Ce hobby nous a poussées à visiter divers lieux, tels que l’Eglise Saint Sulpice ou la maison de Nostradamus.

Nous nous sommes, dans cette optique, rendues au Jardin de l’Alchimiste, près d’Aix en Provence. Un labyrinthe permettait de rejoindre le jardin de l’enfance, qui donnait lui-même accès à celui de l’âge adulte, pour enfin rejoindre celui de la sagesse – ou de la sénilité, c’est selon.

Sagesse ou sénilité, long fut le chemin pour y parvenir. Maman et moi nous sommes perdues AVANT le labyrinthe. Comme c’est étonnant.

Toujours dans notre délire mystique, nous avons décidé de nous rendre à la grotte de la Sainte Baume, dans laquelle Marie Madeleine a vécu ses derniers jours, et où nous avons également failli vivre les nôtres.

Ce jour là, j’avais probablement dû me lever à 13 heures avant de rester deux bonnes heures dans la salle de bains, aussi étions-nous, comme à l’accoutumée, à la bourre. Le temps que Maman trouve ses clefs de voiture et la bonne sortie d’autoroute, il devait être aux alentours de 17 heures.

Et, contrairement à l’idée que nous nous en étions faite, on ne pouvait pas se rendre à la grotte en voiture.

Deux itinéraires pédestres s’offraient alors à nous (rappelez-moi, à ce propos, de vous exprimer ultérieurement ma haine viscérale des randonnées) l’un facile mais long, et l’autre court mais difficile.

Dilemme.

Les deux en forêt.

Joie.

On ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière. Du moins paraît-il.

Partagées entre la flemme (heure tardive + réintroduction des ours dans les Pyrénées – oui, je sais, les Pyrénées c’est loin de la Provence, mais un ours, ça a des pattes + marche à pied = très très envie de rentrer à la maison) et la motivation (forêt + grotte + Marie Madeleine = très très mystique), nous nous sommes résolues à emprunter le chemin court mais difficile.

Vous ai-je déjà fait part de l’incapacité à prendre une bonne décision dont Maman et moi souffrons? Eh bien Maman et moi souffrons de l’incapacité à prendre une bonne décision.

Aussi nous sommes nous retrouvées à crapahuter dans une montée à 130%- sans exagération aucune- essoufflées et mortes de trouille, tout en convenant que relire le Da Vinci Code eut été une idée nettement plus judicieuse et en blasphémant – « Putain de Marie Madeleine, elle avait trouvé que là à aller se foutre, cette conne ! ».

Pas très très mystique.

C’est à l’article de la mort que nous sommes arrivées au pied des marches de la grotte –« Putain, y’a des marches aussi, je vais crever ici ».

Et c’est au pied de ces mêmes marches que nous avons eu droit à notre révélation divine.

La promesse d’un monde meilleur, le réconfort après l’effort, la colombe après la guerre, le beau temps après le déluge, le renouveau après le chaos, la tarte au citron après les abdos se sont révélés à nous, et se sont matérialisés sous les traits d’un très grand/ très beau/ très brun/ très souriant/ très charmant/ très jeune… moine. Ou curé. Ou évêque. Ou prêtre. Ou abbé. Ou pape.

Et c’est toujours au pied de ces marches que Maman et moi avons retrouvé la vue.

C’est là que nous avons véritablement compris. C’est ici que nous avons pris conscience que la religion était un fléau.

Nous avons déposé un cierge à la débauche des moines. Ou des curés. Ou des évêques. Ou des prêtres. Ou des abbés. Ou des papes.

Nous sommes retournées à notre voiture chérie par le chemin le plus facile, mais le plus long.

Nous sommes rentrées à la maison, et nous avons mangé une tarte au citron.

Poil au menton.


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