Les périodes néfastes

 

Dans la vie, il y a des périodes fastes (Si, ça existe. Seulement, ces moments sont si rares et lointains que vous les avez oubliés) et des périodes néfastes.

On classifie les périodes néfastes en trois catégories :

- La première, c’est la période néfaste quotidienne : vous êtes seul(e) et vous en avez marre de travailler, mais vous n’y prêtez pas attention.

- La seconde, c’est lorsque vous êtes très seul(e), vous en avez très marre de travailler, et cela commence à vraiment vous courir sur le haricot.

- La troisième, c’est lorsque vous être très seul(e), vous en avez très marre de travailler, il ne vous arrive que des merdes, si bien que vous commencez à soupçonner une gothique de votre fac d’avoir fait des expérimentations vaudoues sur votre personne.

Je traverse actuellement cette troisième période (D’où mon absence. Ça a été dur pour vous aussi, je sais.)

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Tout a commencé fin octobre 2006.

Ce matin là, je n’avais pas envie de me lever. Il faut dire qu’un cours d’anthropologie économique à 9h du matin et un passage au secrétariat, ça motive peu.  Après une éprouvante demi heure de bus où une morveuse de 5 ans m’a agité un jouet musical sous le nez en hurlant, je me suis rendue au secrétariat (musique de Psychose) où une secrétaire (cri strident) m’a fait recommencer toute ma fiche pédagogique parce que j’avais coché les cases avec un trait, et non pas avec une croix. Il y en a qui ont de vrais problèmes dans la vie.

Après cet échange pour le moins chaleureux, je suis allée en cours d’esthétique. Fumiste, ridicule, prétentieux et snob sont les premiers mots que m’évoque notre brillant professeur (Monsieur Alain Chareyre Mejan: Si vous êtes étudiant en Arts Plastiques à Aix en Provence, ne prenez JAMAIS ses cours, ils sont inintéressants et vous aurez une sale note), mais ils ne sauraient suffire à le qualifier. Pour vous donner une idée, je le cite : (prenez un air inspiré) « Le cri est l’excès de sensations. (Silence) Non. Le cri est l’absence de sensations. Tiens, oui, notez ça, c’est bien. »

Il nous a aussi parlé de Michel Leiris, qui, à l’âge de quinze ans, s’est tripoté la bistouquette devant le temple de Zeus, à Athènes, parce qu’il le trouvait joli. Que dire de plus.

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En tous les cas, j’aime autant vous dire qu’après avoir supporté une gamine hystérique, une secrétaire sadique et un professeur arrogant, j’avais besoin de me défouler. Alors, plutôt que de tuer une vieille bique aixoise ou de harceler Maman, je suis allée jouer au tennis.

Il est vrai que je ne vous ai pas fait part de ma grande passion pour le tennis. Et vous n’êtes pas sans savoir que les grandes amours sont souvent contrariées. Alors que je demandais à mon professeur si ma raquette convenait, il m’a répondu « De toute manière, toi, tu peux même jouer sans raquette, tu rattrapes jamais la balle. »

Arrêtez de ricaner, je vous entends d’ici.

En réalité, et ce qui a totalement échappé à mon professeur, c’est que j’ai inventé un nouveau sport : le tennis artistique. J’ai incorporé au tennis traditionnel des pirouettes, sauts et arabesques qui lui confèrent une grâce qu’on lui ignorait jusqu’alors. Hélas, mon génie demeure incompris, à l’instar de celui des grands inventeurs en leurs temps. De la même manière que Giordano Bruno s’est fait décapiter, je me suis pris une balle décathlon jaune fluo en pleine tronche.

Face à tant d’ignorance et de violence bestiale, je suis rentrée chez moi manger des chips devant mon ordinateur.

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Mais dans les périodes néfastes, rien ne se passe comme vous le voudriez, aussi mon ordinateur a-t-il planté tout plein de fois entre quelques bruits bizarres avant de finir chez Darty pour une réanimation qui a duré un mois (il faut au moins ça pour réinstaller Windows et passer l’aspirateur à l’intérieur). Difficile est la vie sans ordinateur.

Je me sentais si seule que j’ai apprivoisé une mouche, que j’ai baptisé Adélaïde. Elle a partagé ma vie durant trois semaines. Elle me faisait la fête lorsque je rentrais de cours, elle regardait Un Dos Tres avec moi (OUI, je regarde Un Dos Tres, et je vous crotte), elle mangeait des miettes de tarte tatin que je lui laissais. Puis, elle s’en est allée au paradis des mouches.

Ainsi soit-il.

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Suite à cette période coupée de toute vie civilisée et au douloureux deuil de ma colocataire, est venu le temps des partiels, période néfaste par excellence. Faute de professeur compétent, j’ai du apprendre à parler italien en un week-end et j’ai mangé des pâtes pendant une semaine, par superstition. (Mais aussi parce que je n’avais plus rien à manger, et que j’avais la flemme d’aller faire mes courses).

Mi chiamo Laura, mi piaciono gli spaghetti, mama mia, va fenculo, pizza, macaroni, forza roma, ciao bello ragazzo, ci sono le due, ma yé né pa dé voitour, lasciatemiiiiiiiiiii cantaaaaaaaaaare, con la chitarraaaaaaaaaa in maaaanooo, lasciatemiiiiiii cantaree una canzoneeeeeeeeee piano pianooooooooooo.

Pardon.

Mes partiels enfin tous passés (et ratés), et réalisant que mon avenir universitaire était pour le moins compromis, j’ai décidé de ne pas céder à l’auto apitoiement auquel je m’abandonne habituellement. Pour la première fois, j’ai pris ma vie en main. Je me suis acheté des ballerines léopard, deux sacs, quatre pulls et une paire de boucles d’oreilles.

 

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