Mon entrée (suivie de très près par ma sortie) dans la vie active – « active » n’étant pas le terme le plus approprié, vous en conviendrez ultérieurement.

 

Lorsqu’on est étudiant, on possède une somme d’argent sur son compte en banque proportionnelle au nombre d’heures où l’on travaille dans la semaine, c’est-à-dire aux alentours de dix euros.

Somme que l’on peut honnêtement qualifier de merdique, notamment lorsqu’on a la fièvre acheteuse. Le fait d’avoir quelques scrupules à l’idée de racketter Maman ajouté à ça, et vous voilà face à l’inévitable : il va falloir travailler cet été.

Drame.

J’ai donc passé l’hiver à chercher, outre des chaussures sympas, LE job réunissant les caractéristiques suivantes :

-         Pas d’horaires matinaux.

-         Pas d’efforts, qu’ils soient physiques ou intellectuels.

-         Assez peu d’heures.

-         Relativement bien rémunéré.

OUI, ce job existe. OUI je l’ai eu. Je me suis faite pistonner, mais je l’ai eu. Pontonnière dans un port de plaisance : quatre heures par jour, quatre jours sur huit, à rester assise sous un arbre pour 500 euros par mois. Je vous ferai remarquer que pour le même boulot, little buddha avait peanut.

Eh bien, figurez vous que c’est terriblement chiant.

Surtout lorsque vous n’avez pas vraiment d’atomes crochus avec vos adorables collègues, à savoir un futur flic, et par conséquent fayot, stupide et prétentieux ; et deux jeunes filles incarnant la classe et le bon goût.

Evidement, c’est ironique.

Les trois centimètres carrés de tissus qu’elles arboraient offrirent un souvenir impérissable de notre chère île aux touristes, à savoir -non pas un buste de Napoléon en plastique- mais du string en veux tu en voilà qui dépasse de la jupe ras la touffe et qui comprime les bourrelets façon rôti de veau, où plutôt de vache, en l’occurrence.

Mais bon, ouverte d’esprit comme je suis, j’ai toutefois tenté un dialogue, en vain.

Extraits :

Moi-même : C’est de la discrimination.

Collègue 1 : Arrête de dire des mots qui veulent rien dire.

Encore moi-même : Comment tu vas faire demain, si tu peux pas venir ?

Collègue 2 : Je m’en bats la teub.

Toujours moi-même : Alors, qu’est ce que tu vas faire des sous que tu as gagné cet été ?

Collègue 3 : Boire.

Ils est important de souligner que la collègue 1 a fait un IUT à Corte, que la collègue 2 est stagiaire dans une école primaire, et que le collègue 3 est le futur flic sus cité. Ou, comment expliquer pourquoi les domaines universitaire, scolaire et sécuritaire en France, et plus particulièrement en Corse, sont dans un état déplorable.

Les responsables ne valant pas mieux que ses employés -effectivement, être raciste envers les italiens tout en ayant une clientèle essentiellement composée des mêmes italiens peut paraître contradictoire, voire incompréhensible- je me suis munie des Chroniques de San Francisco –que je vous conseille vivement, soit dit en passant-  dans le but de les lire en paix.

Chose que je n’ai pas pu faire, vous vous en doutez bien.

Car non, je n’ai pas de chance dans la vie, vous l’avez remarqué. Si ce n’est pas un avion fictif qui va me pourrir la vie, ce sera une abominable secrétaire, et cette fois, en l’occurrence, c’était un psychopathe.

Je pensais pourtant en avoir fini avec ces gens là après avoir passé le difficile cap de ma première, où j’ai subis, plus ou moins silencieusement, un professeur de français qui, pour une raison restée inconnue, me haïssait du plus profond de son âme.

Depuis, mes relations avec les psychopathes s’étaient raréfiées, et cela me convenait parfaitement.

Malheureusement, cette satisfaction ne semble pas être réciproque. En effet, je soupçonne les psychopathes de me vouer un véritable culte. Ou alors, j’ai vraiment pas de bol, ce qui est loin d’être impossible.

Mon psychopathe du moment m’a donc suivie partout pendant tout le mois d’août, attendant sournoisement l’occasion de se coller à moi, et me gonflant la tête de ses exploits de mâle viril.

Extrait :

Le psychopathe : C’est cool comme job, ouais-ouais, moi j’ai fait ça quand j’étais plus jeune (NDLR : il a actuellement 17 ans, je précise), mais bon, je faisais pas des petits papiers comme toi, je pilotais la vedette. Haussement de sourcils satisfait,  propre au trou du cul péteux, de son nom latin Homus Horribilis.

Moi-même : La quoi ?

Le psychopathe : La vedette. Tu sais, le petit yacht pour placer les bateaux.

Moi-même : Ouais. La barque, quoi.

J’ai bien tenté de me faire passer pour une lesbienne dans le but de m’en dépêtrer, mais l’idée n’avait pas l’air de lui déplaire ; j’ai alors lâchement insinué qu’il avait un ticket avec la collègue 1, oui, celle qui ne comprend pas le mot discrimination. Courageuse, mais pas téméraire.

Enfin débarrassée de mon psychopathe, je me suis trouvée quelque peu désoeuvrée et ai décidé, pour m’occuper, de travailler. Idée audacieuse s’il en est.

Après avoir fait tomber des papiers à l’eau, m’être faite hurler dessus par un italien hystérique (je n’ai absolument rien compris à ce qu’il racontait, hormis « va f’enculo », j’en ai donc déduit qu’il était désappointé), avoir tenté de contrôler les douanes, être partie en quête -vainement- d’un jeune, riche et charmant propriétaire de yacht (utopie); et au vu de mes maigres pourboires (aucun, en réalité), j’ai décidé de me trouver une autre occupation .

J’ai donc passé le reste de l’été à tenter d’apprivoiser un cormoran, animal sympathique s’il en est, que j’ai, à force de persuasion, réussi à caresser, et cela durant une après-midi entière.

Au final, si mes deux mois passés au port m’ont bien appris quelque chose, c’est que les gens sont tous des méchants ; contrairement aux cormorans qui sont tout mignons et tout gentils (hormis avec les poissons, qu’ils zigouillent impunément) ; et que le travail, c’est vraiment tout pourri. Par conséquent, j’ai décidé de m’acheter un zoo rien que pour moi, ainsi que de ne plus jamais travailler de toute ma vie, et pour ce faire, je me suis mise à jouer à euro millions.

Note de l’auteur: Vous vous étonnez certainement qu’en deux mois passés dans un port, je ne sois pas tombée à la flotte.

Eh bien moi aussi.


Partager :
  • Print
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • email
  • MySpace
  • RSS
  • Twitter

Les commentaires sont fermés.

ClicAnimaux.com - Cliquer pour Donner