Quéquettegate et procès Colonna

 

Oui, je sais. Nous sommes en plein quéquettegate, Dominique-nique-nique aurait tenté d’abuser d’une femme de ménage habitant le Bronx, dévoilant pour la première fois sa facette prolo aux yeux du peuple – mais dans une suite à 3 000 dollars, faut pas déconner non plus. A l’heure qu’il est, les politiques sont offusqués et bouleversés à l’idée qu’on puisse mettre des menottes à quelqu’un d’aussi riche et puissant – c’est trop cruel, il ne fait pas non plus partie du peuple, merde ! – et les journalistes enquêtent sur le passé de cette mythomane de femme de ménage, qui a certainement été payée, qui ne serait pas très jolie, qui disait non alors qu’elle pensait oui, toutes des salopes. Mais pour l’instant, cette affaire ne m’a inspiré que des jeux de mots stupides et une vision de François Hollande faisant des entrechats en glapissant dans son salon, ou son jardin, peu importe. Rien de très exploitable, en tout cas.

Vous vous contenterez donc de ma brillante analyse du procès Colonna, dont tout le monde a l’air de se foutre royalement. Heureusement que je suis là pour combler le manque de professionnalisme des journalistes, cette bande de feignasses salariées, alors que je ne me nourris que de pain sec et d’eau, c’est dégueulasse.

Oui, je sais. Le procès a commencé il y a quinze jours, mais j’avais des chroniques people à boucler. J’ai vainement tenté de gratter des produits cosmétiques pour ma rubrique beauté, ça m’a pris un temps fou. Et ils ne m’ont rien donné, cette bande de radins, alors que je ne me nourris que de pain sec et d’eau, c’est dégueulasse.

Me revoilà donc au procès. La situation d’Yvan Colonna n’a pas évolué depuis 2009, la mienne non plus : toujours en prison pour lui, toujours poissarde et inutile pour moi. Enfin si, il a une femme, et moi un chat.

Yvan Colonna a un début de calvitie et me paraît quelque peu rachitique – lui aussi ne doit être nourri qu’au pain sec et à l’eau, c’est dégueulasse. J’ai bien envie de lui porter une part du pain d’épice multi-céréales que j’ai dans mon sac – depuis qu’on essaye de me vendre des sandwichs végétariens au poulet, j’ai toujours du pain d’épice multi-céréales dans mon sac.

Madame Erignac, elle, est toujours très chic et impeccablement coiffée : ses cheveux ont un tombé parfait, ils ne pendouillent pas mollement et platement, je suis jalousie. Si ce n’était pas totalement inapproprié, je lui demanderai volontiers la marque de son shampooing.

La greffière résume laborieusement l’affaire. Elle lit mal, elle bafouille, c’est mal écrit, je ne comprends rien à ce qu’elle raconte, c’est une horreur. Subitement, elle nous parle d’un journaliste au Parisien qui aurait trouvé une lettre dans le bureau du juge d’instruction, mais QUELLE LETTRE ? Nous n’en saurons jamais rien.

Il est désormais question de la vie d’Yvan Colonna, sans qu’il n’y ait aucune phrase de transition pour amener le sujet – quel désastreux manque de style, je vous jure. Elle nous informe qu’il est né en 1960 à Ajaccio, qu’il a détesté passer son adolescence à Nice et qu’il a eu son bac D en 1978. Elle a ensuite prononcé « Ghjuvan Battista » : ce sera l’instant comique de l’audience, il va falloir vous en contenter.

S’ensuit une longue série de questions sur la traite des chèvres, dont nous nous foutons complètement, parce que nous voulons entendre les témoins, et parce que nous ne voyons vraiment pas le rapport. Je vais donc vous épargner ce long interlude caprin pour vous décrire la salle d’audience.

C’est très chic, il y a des bancs en pin massif  (ou en chêne, je ne sais pas trop, je suis nulle en arbres) et des moulures dorées un peu très m’as-tu-vu au plafond. Dans la première partie de la salle, il y a les gens : la famille, les amis, les journalistes à deux balles – les journalistes prestigieux et influents ont un carré vip rien qu’à eux – et tous ceux qui n’ont rien d’autre à foutre de leurs journées (moi). J’ai d’ailleurs  remarqué que le public se divisait en deux parties, occupées par deux populations distinctes : d’un côté, des gens d’un certain âge et d’un certain standing, minces, élégants, qui n’ont jamais dû fréquenter un seul H&M ou fast-food de leur vie ; et de l’autre le peuple, les gueux, les bergers, les CORSES, beuargh. En face, il y a les magistrats et le juge, qui portent des sortes de capes en hermine – j’espère que c’est de la fausse – mais pas de perruques rigolotes, ça c’est en Angleterre. A la gauche de la cour, il y a Yvan Colonna et ses avocats, de l’autre Madame Erignac et son brushing. Et au centre, le témoin, qui ne doit pas du tout se sentir oppressé.

Voilà, j’ai fini mon dessin, et maintenant la greffière parle de François Santoni – un nationaliste tout chauve et tout mort. Je suis perdue.

 

Partager :
  • Print
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • email
  • MySpace
  • RSS
  • Twitter

Les commentaires sont fermés.

ClicAnimaux.com - Cliquer pour Donner