Archive pour la catégorie ‘Journal d'une stagiaire terriblement paresseuse et scandaleusement sous-payée.’

Journal d’une stagiaire terriblement paresseuse et scandaleusement sous payée n°9

 

Je tenais, avant de clore cette délicieuse période de ma vie qu’a été mon stage, à adresser un message de solidarité à Pauline, ma copine stagiaire.

Car je ne suis pas la seule à avoir eu affaire à la vermine, ce qui est tout de même rassurant. Si j’ai eu droit à l’abominable secrétaire, Pauline a été confrontée à la méchante moche qui – comme l’étymologie de son sobriquet nous l’indique - est méchante, et moche.
 
Lors d’un repas que toute l’équipe prenait en commun – à l’exception de ceux dont l’échelon social était trop élevé pour leur permettre de se mêler à la basse populasse- la méchante moche a demandé à Pauline d’aller lui acheter du pain. Pendant ce temps, je tentais de me dissimuler derrière une canette d’Ice Tea, exercice périlleux s’il en est.

Seulement, il s’agissait d’une boulangerie bien spécifique, la brioche dorée s’avérant trop vulgaire pour les délicates papilles de la méchante moche.
Et cette même boulangerie était « en bas de la rue, tu tournes à droite, après 500 mètres tu prends à gauche, et ensuite c’est à 20 mètres après le feu », enfin, nous n’avons absolument rien compris, en dehors du fait que c’était loin.
Exaspérée à l’idée de répéter ses indications, la méchante moche s’en est allée, telle une furie, acheter son pain – qui était succulent, accordons lui tout de même cela.
Car oui, nous lui avons bouffé tout son pain, sans vergogne aucune.
 
Plus tard dans l’après midi, au coin d’un couloir, Pauline a eu la malchance de croiser la méchante moche, qui lui a lancé une phrase perfide : « Dans la vie, il faut apprendre à s’écraser ».
Alors oui, Pauline aurait pu lui dire que la seule chose qui les différenciait était le fait que l’une était stagiaire, l’autre salariée. En dehors de ça, la méchante moche était pourvue de jambes et de bras : sa fonction professionnelle ne nuisait donc pas à sa capacité d’acheter du pain.
Oui, Pauline aurait pu lui dire que dans la vie, il ne faut jamais s’écraser, et encore moins à la pause déjeuner.
Oui, mais seulement, la seule pensée qui traversait l’esprit de Pauline à cet instant précis se résumait à un mot – mot que je ne citerai pas, mais je peux vous dire qu’il commençait par SAL et finissait par OPE.

 
S’il y a une évidente injustice sociale ici, on peut dire que le stage de Pauline s’est achevé sur une note de justice divine : elle s’est trouvée à moins de 2 millimètres de Dominic Purcell, alias Lincoln Burrows.
Dans cette même logique, et sachant que mon évaluation de fin de stage ne comporte quasiment que des mentions « passable » ; ainsi que l’appréciation « Quelques difficultés avec le respect de la hiérarchie (!) et un manque d’initiative et de disponibilité » – une bonne note en perspective – j’attend de pied ferme mon week-end romantique avec Leonardo DiCaprio.

 

 

 

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Journal d’une stagiaire terriblement paresseuse et scandaleusement sous-payée n°8

 

J’ai donc trouvé un appart.

Pour faire bref, il fait 25m², il n’y a pas de moquette, ni de papier peint – dieu merci – et la salle de bains est pourvue d’une baignoire que j’affectionne moins que la feu douche-pluie de Pigalle, mais me permet toutefois de jouir pleinement de mes trucs qui font des bulles de chez Lush, plouf.

Il est situé dans le 7ème arrondissement : j’envisage, par conséquent, de m’intégrer à mon nouvel environnement culturel en m’habillant comme Bree Van De Kamp – si vous espérez d’éventuelles photos, vous pouvez toujours courir.

On aurait pu croire que j’avais finalement atteint le bout du tunnel. Oui, on aurait pu.

Mais ce serait faire abstraction du fait que ma vie est une interminable succession d’échecs – pleurez : mon appart est vide.

J’entends par là qu’il n’y a absolument RIEN : ni frigo, ni four, ni vaisselle, ni meubles. Et c’est dans des moments pareils que l’on prend pleinement conscience de l’importance d’une fourchette.

La Tv ne captant rien et les portables n’ayant pas de réseau, je me suis vue dans l’obligation d’adopter des habitudes de vie ascétiques. L’absence de biens matériels m’a permis d’accéder au domaine spirituel : oui, j’ai réfléchi.

J’ai repensé à ce long chemin de croix qu’avait été cette quête d’appartement : les agents immobiliers véreux – « je vous assure que ce n’est pas de moisissure que vous voyez sur le plafond » – et les moquettes pathogènes resteront à jamais gravés dans ma mémoire.

Mais j’ai surtout pris conscience de la suprême souveraineté du capitalisme lorsque je me suis surprise à penser « 670 euros par mois pour un 25m², c’est pas cher ».

En bonne étudiante, je me suis demandé quels auraient été les sentiments de Che Guevara concernant les prix de l’immobilier parisien. Il aurait été révolté, naturellement.

Mais bon. Cette feignasse de Che Guevara n’a jamais eu à se loger à Paris, que je sache. Et puis Che Guevara, comme référence, ça va quand on habite dans le 18ème ou dans la Pampa.

Moi, j’habite dans le 7ème. Fichtre

 

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Journal d’une stagiaire terriblement paresseuse et scandaleusement sous-payée n°7

 

Il vous faut savoir que le matin, je suis très irritable.

En réalité, vous n’avez pas vraiment besoin de le savoir, mais que doit-on savoir, que doit-on ne pas savoir, que sait-on, bref, le matin, je fais la gueule. Quitter ma douce couette qui sent bon pour le métro moche qui pue relève du supplice.

Et la réquisition de ma station de métro par des politiciens ponctuant leurs discours de « Guy Môquet » dans le but de récupérer des électeurs gauchistes n’améliore pas mon humeur. En constatant que le rouge coco original des posters avait été remplacé par un splendide bleu UMP, je suis devenue verte (notez la virtuosité du jeu de mots).

Au vu de mon énervement pour le moins palpable, j’ai consulté mon horoscope afin de m’informer sur le profil de la personne que j’allais assassiner dans la journée. Mais pas de meurtre annoncé pour les Verseaux, non. Plutôt une prédiction qui m’a glacée d’effroi :

Travail : Soyez moins conservateur, ouvrez vous aux idées nouvelles.

Tout en convenant que j’aurais mieux fait d’être Capricorne – Libérez-vous des contraintes inutiles, offrez vous des moments de détente – je m’inquiétais concernant la teneur de « l’idée nouvelle ».

Allait-on me demander de photocopier la Bible en 450 exemplaires ? Devrais-je relier La Redoute ? Serai-je contrainte de préparer un Osso Bucco à l’abominable secrétaire ?

Non, rien de tout cela.

Refreinant une véritable explosion de joie, j’ai appris que je devais livrer un colis à … Lille. Au début, j’ai cru à une blague : je me suis mise à pouffer « Hihihi t’es con, genre pour 300 euros par mois je vais me tirer à Lille hihihi ». Voyant que mon interlocutrice ne pouffait, mais alors pas du tout, je m’en suis allée dans mon coin de couloir et ai entrepris de me transformer en machine à café Senseo.

J’étais intimement convaincue que je pouvais le faire.

Oui, je savais que mon sang deviendrai du café, ma tête un bec verseur, mon cerveau une dosette et ma peau de l’inox vert pomme. J’étais sur le point d’y parvenir lorsque j’ai été coupée dans mon élan : l’abominable secrétaire voulait que je lui photocopie son abominable dossier en 28 exemplaires.

Ma métamorphose a alors été interrompue au stade de la cervelle dosette.

Et cette transformation est irréversible. Cela étant, ça n’a pas altéré ma capacité à photocopier. Ma cervelle-dosette et moi-même sommes ensuite parties pour Lille, afin de déposer la cassette d’un téléfilm que France 3 diffusera, et que nous ne regarderons pas.

Nous étions ravies.

 

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