Archive pour la catégorie ‘Laura, votre envoyée spéciale – et fabuleuse – au procès Colonna.’

[Chez Slate.fr] Le procès Colonna en 14 dessins

 

 

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Alessandri, Ferrandi, Maranelli, Ottaviani et le policier Lobloblo

 

Mais qui sont ces gens là ? Vous êtes perdus, vous n’en pouvez plus de mes chroniques retardataires et de tous ces noms en i, vous en avez marre, vous êtes las, vous avez envie que cela cesse – ou au moins qu’on vous explique.

 

Voilà. Vous savez tout, c’est-à-dire rien.

 

Au procès, je m’ennuie un peu. Ils parlent tous de LA LETTRE, et je dois sans doute être la seule à m’en foutre superbement. « Dites donc, il est drôlement hargneux, le berger, c’est forcément lui le tueur, en plus il s’est enfui, vous me resservirez un ricard, prout ». S’ils lisaient les courriers que j’envoie régulièrement à la Poste qui m’a balancé un colis dans le hall qu’un voisin m’a volé (le colis, pas le hall), ils comprendraient ce qu’est un courrier hargneux, cette bande de pudibonds. Il avoue, dans la lettre ? NON : on s’en fout. S’ils la retiennent, je deviens indépendantiste.

Toute cette histoire de correspondance douteuse ne perturbe pas tellement mon voisin de banc, qui tente d’ouvrir l’emballage de ses bonbons à la myrte sans se faire admonester par un policier. C’est donc sur fond de crépitements de papier alu que le premier témoin vient à la barre. Il s’agit du policier Lobloblo, dont le patronyme n’est sans doute pas exact, mais je suis assise au fond de la salle, je n’entends rien. Si vous voulez de la précision journalistique, lisez Le Monde.

Le policier Lobloblo est venu nous parler des gardes à vue des membres du commando et de leurs épouses. Il décrit des hommes « calmes, détendus, sereins ». Une attitude tout à fait logique lorsqu’on a zigouillé un préfet et qu’on vient de se faire prendre. Selon lui, tout le monde était « satisfait de ses conditions de garde à vue ». Chacun a même mis un petit mot sur le livre d’or, et trois étoiles sur promovacances.com.

Mon voisin de banc, lui, a fini de manger ses bonbons à la myrte. Pour s’occuper, il lit tout ce que j’écris par-dessus mon épaule, ce qui me stresse assez.

Mais faisons preuve de flegme et revenons aux intéressés qui disent avoir subi des menaces et des coups. DES COUPS ? Mon dieu, mais quelle horreur, jamais de la vie, ça ne va pas la tête, on n’est pas en Iran ici, on est en FRANCE, Monsieur, patrie de Voltaire, de Montaigne et des droits de l’homme, parfaitement, s’offusque le policier Lobloblo. « Quel aurait été mon intérêt de les frapper ? », demande-t-il d’un air niais. BEN A TON AVIS, GROSSE NOUILLE ? On lui rappelle que Marcel Istria a eu le tympan crevé après qu’on lui ait frappé la tête contre un mur. « Oui, mais avec les autres, ça s’est bien passé » tempère Lobloblo.

Alors, qui croire ? Et s’ils n’ont effectivement subi aucune pression, pourquoi avoir balancé des noms ? Personne ne pose les bonnes questions et le juge est complètement amorphe. Je suis sûre qu’il est pour la légalisation du cannabis, cette espèce de hippie en hermine – mais il demeure tout de même moins détestable que le juge Wacogne, qui a fait acquitter les responsables de l’affaire de l’hormone de croissance ; mais bon ça n’avait tué que des gueux donc ce n’est pas très grave. Moi, le procès, je te le torche en dix jours. Mon voisin de banc lit toujours ce que j’écris, et il pouffe. Je crois qu’il va devenir mon public-test.

Il finit par chuchoter « vous n’êtes pas journaliste, quand même ? ». NON, mais tu peux quand même me donner un bonbon à la myrte. Et puis comme si les journalistes étaient tous sérieux. Dupont Soufflant, si ça se trouve, il dessine des petits chats sur son carnet.

Le policier Lobloblo nous parle ensuite du déroulement de l’enquête, menée à la fois par Bernard Bonnet et par Roger Marion. Je n’arrive pas à déterminer ce qui est le plus aberrant : la malhonnêteté des membres du commando, ou bien le fait que Roger Marion et Bernard Bonnet soient ici les garants de l’ordre moral.

Il en arrive finalement aux éléments qui ont permis de confondre les membres du commando : les écoutes téléphoniques. Tiens, d’ailleurs, où diable sont-elles passées ? Monsieur Lobloblo nous informe que le responsable était un « technicien autodidacte ». Ah, ben voilà. Mystère résolu.

Le policier Lobloblo nous quitte sur cet exploit et est succédé à la barre par le chef de la DNAT le plus soporifique que je n’aie jamais rencontré. Et j’en ai rencontré beaucoup. Il nous récite le règlement des procédures de gardes à vue, avec plein de mots abscons. Soudain, il marque une pause. « Je vais réitérer mes propos ». Pitié, non.

Alors qu’il réitère et pour éviter que je ne m’endorme comme un sac sur mon banc, revenons sur LA LETTRE et sur votre futur crime parfait. D’après mon analyse, voici un exemple type de ce qu’il faut faire et ne pas faire en matière de missive envoyée à un supposé complice et témoin à la barre :

 

Voilà.

Le chef de la DNAT s’en est allé réitérer ses propos vers d’autres horizons et cède sa place à la barre à Jeanne, l’ex-épouse d’Alain Ferrandi, aussi sympathique que son psychopathe de mari. D’abord, elle avait refusé de venir, parce qu’elle n’avait pas très envie. Finalement, ils lui ont un peu forcé la main, et elle a daigné se déplacer, maquillée à la truelle pour l’occasion. Toujours aussi joviale, elle répète qu’elle n’a rien à dire parce qu’elle n’a rien à déclarer, et refuse d’accuser ou d’innocenter Colonna, parce qu’elle aime bien voir les gens souffrir. Les sociopathes se ressemblent et s’assemblent – faites-moi penser à supprimer ce paragraphe le jour où Alain Ferrandi sortira de prison, hein, on ne sait jamais.

D’ailleurs, puisqu’on parle de femmes perfides, jetons un œil au JT de Laurence Ferrari.

« Les contribuables apprécieront ».

A part ça, j’ai pris la résolution de ne plus parler de DSK ou de Béachelle. Ça m’irrite les chromosomes X.

 

 

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Yvan Colonna, Didier Vinolas, lions, artichauts et ballerines à paillettes.

 

Il ya deux jours, Yvan Colonna a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Nous attendons toujours la réaction de Béachelle, qui ne devrait plus tarder, gardons espoir. L’indignation germanopratino-cuistre est en marche, Yvan, courage.

Oh ça va. Je sais. Le procès est terminé, et je n’ai pas tenu mon blog à jour. C’est mal. Mais j’avais une bonne excuse, voyez-vous : je dessinais. Par ailleurs, ce n’est pas parce que le procès est fini qu’il est révolu. Vous connaîtrez donc la suite de mes investigations, parce que j’ai une tonne de brouillons, je ne vais quand même pas les jeter après m’être donné autant de mal.

Pour  l’audition de Didier Vinolas, j’ai mis mes ballerines à paillettes.

 

Impact de table basse sur le pied gauche.

 

C’est donc superbement chaussée que j’ai tenté une incursion en salle d’audience. Mais cette exquise coquetterie n’a pas été suffisante : j’ai encore fait le planton durant une éternité dans le hall, ce qui m’a tout de même poussée à examiner la sculpture d’un lion ailé n’ayant qu’une unique grosse patte et un artichaut posé sur la tête. En 1845, dans le monde pontifiant de l’art plastique, les idées fusaient déjà. Mes investigations dans le hall m’ont permis d’apprendre que l’architecte était Joseph-Louis Duc. Notez-le, vous pourrez ainsi briller en société.

 

 

Mais pourquoi cette obsession pandémique pour le lion ? Consultons mon dictionnaire des symboles. « Le lion est l’incarnation même du Pouvoir, de la Sagesse et de la Justice ». Alors qu’en vrai, le lion est une grosse feignasse, et puis il n’est même pas le plus grand des félidés : c’est le tigre. Notez-le, vous pourrez ainsi briller en société. Concernant l’artichaut, mon dictionnaire ne dit rien. En revanche, il y a tout un article sur l’articulation, qui symbolise le passage de la vie à l’action chez les Bambaras. Notez-le, vous pourrez ainsi briller en société. Sinon, l’artichaut était mon plat préféré lorsque j’étais petite, avec l’œuf à la coque et les miel pops. (Maman n’aimait pas trop cuisiner).

Je suis finalement entrée, Didier Vinolas m’a suivie de près. Il était sous-préfet en 1998, et aujourd’hui, il a décidé de nous raconter sa vie. En entier. En détails. Au secours. Là, il en est à l’année 1984 et il vient d’avoir son concours de commissaire. Je ne sortirai jamais de cette salle, je vais crever.

Mais comme je suis pourvue d’une grande conscience professionnelle et que d’après facebook, j’ai au moins vingt lecteurs (trois sont ma mère, elle a trois fermes Farmville pour pouvoir s’envoyer des cadeaux), je vais vous donner ma recette du chirashi à l’avocat et aux noix de saint jacques. Car oui, je mange des noix de saint jacques, j’ai lu plusieurs études tout à fait sérieuses tendant à prouver que les coquillages ne souffrent pas, ce qui ne les empêche pas de coûter la peau du cul.

Il vous faut :

Des noix de saint jacques

Du riz

De l’avocat

De la sauce soja

Faites cuire le riz.

Faites cuire les noix de saint jacques.

Ne faites pas cuire l’avocat.

Mettez tout dans une assiette.

Arrosez de sauce soja.

Voilà.

Si vous présentez ça dans une assiette design, tout le monde croira que vous vous êtes démené toute la journée, alors que pas du tout.

 

Ça vous a mis en appétit ? Moi oui. Les gargouillis de mon ventre résonnent dans la salle d’audience, mais je résisterai. Je ne mangerai pas mon pain d’épice de secours : j’ai un bourrelet.

Ah, ça y est, Didier Vinolas est en 1998. Il a cité Michèle Alliot-Marie et Jean-Pierre Chevènement dans la même phrase, je saigne du nez. Bref. Selon lui, le préfet aurait reçu quatre balles, et pas trois ; mais l’autopsie a été réalisée par-dessus la jambe. L’analyse de la scène de crime aussi : les policiers ont tout de suite lessivé le trottoir, sans prendre la peine de chercher un ADN suspect, un cheveu ou un poil de perruque.

 

Didier Vinolas explique que le préfet se sentait menacé, qu’il enquêtait sur d’obscurs milieux, et qu’il possédait un cahier qu’il avait glissé dans une enveloppe kraft, ce qui n’apporte rien à l’enquête mais qui fait très film noir, vous ne trouvez pas ? Moi, je trouve. On se croirait dans Roger Rabbit. Il est également question d’une liste de noms dressée par le préfet. Qui ? Pourquoi ? Vous n’en saurez rien. En tous les cas, lorsque Didier Vinolas a récupéré cette fameuse liste, après la mort du préfet, les noms avaient été changés. Comment ? Pourquoi ? Vous n’en saurez rien. (Je vous rapporte les faits ET je vous donne de fabuleuses recettes de cuisine, je ne peux pas tout faire).

Didier Vinolas dit aussi qu’un de ses anciens camarades à l’ENA est devenu chef des renseignements généraux. Il s’appelle Michel, et lui a confié que certains des commanditaires de l’assassinat courraient toujours – il lui donnera les initiales de deux d’entre eux (NON, ce n’était pas FL et NC). C’EST TOUT ? Michel des RG, si tu nous lis, bouge ton gros popotin d’énarque et raconte-nous tout. Tu peux m’envoyer un petit mail-confession via mon formulaire de contact. Vérité sera enfin faite, justice rendue, et puis j’aurai un bon truc à mettre sur mon CV moribond. Olive sur la pizza, Didier Vinolas est convaincu de l’innocence d’Yvan Colonna. Quant à moi, j’ai toujours faim ; mais j’ai toujours un bourrelet.

Je ne sais pas vous, mais je trouve ce témoignage très intéressant. J’ai bien envie de lui poser plein de questions, à Didier. Les parties civiles, elles, n’en ont aucune. En gros, ils s’en foutent, c’est bientôt l’été et ils ont très envie de partir en vacances, et si on ajoute des témoins supplémentaires, c’est râpé pour la plage. Du côté de la défense, on s’énerve : Maître Simeoni est furax, je ne comprends rien à ce qu’il raconte, pourtant parlu corsu. Yvan Colonna, lui, crie comme un goret dans sa cage à poules que ça fait huit ans qu’il croupit à Fresnes, et que c’est pas tip-top.

Le mot de la fin revient au président Hervé Stephan : « Si je fais venir témoigner tous les gens que vous citez, ça va faire du monde. Enfin, on n’est pas pressés, non plus. Bon, bon, on verra tout ça jeudi matin, ça vous va ? ».

Emile Zola tient à réagir : il trouve cette conclusion formidable.

 

 

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